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Vidéo : Intervention de Serge Zaka pendant notre assemblée générale

Lors de notre dernière assemblée générale le 20 mai dernier nous avons fait intervenir Serge Zaka, spécialiste en agrométéorologie et fondateur d’AgroClimat 2050 qui a pu nous faire un point sur le changement climatique et la filière laitière.

Dans la première partie de notre entretien, nous avons commencé par le constat actuel.

Le constat de départ repose sur une accentuation de la variabilité des précipitations. Alors que l’année 2022 a été marquée par un déficit fourrager national de 26 % (jusqu’à -40 % dans le Sud-Ouest), les années suivantes comme 2024 et début 2026 ont montré des successions d’excès d’eau et de sécheresses. À l’avenir, les hivers seront plus pluvieux tandis que les étés s’assécheront, rendant la production de fourrage de plus en plus incertaine selon les régions et les années.

Le stress thermique : un défi pour la survie du bétail

L’augmentation des températures représente la menace la plus directe. Le nombre de jours dépassant 35 °C, quasi inexistant en 1960, pourrait atteindre 5 à 55 jours par an d’ici 2080.

  • Seuils mortels : D’ici 2100, des pics de 45 à 50 °C sont attendus dans le Sud-Ouest et la vallée du Rhône, dépassant les seuils de survie des vaches laitières actuelles, comme la Prim’Holstein.
  • Indice THI : La combinaison de la chaleur et de l’humidité (indice THI) provoque une baisse immédiate de la production de lait. En été, les pertes pourraient atteindre -25 % dans le sud de la France au mois d’août.

Trois impacts majeurs sur la filière

L’expert identifie trois piliers de vulnérabilité pour les élevages :

  1. L’alimentation : Les rendements du maïs et du soja sont menacés, particulièrement dans le sud.
  2. La santé animale : La raréfaction du gel permet la survie hivernale de vecteurs de maladies (mouches, moustiques), augmentant les risques de pathologies comme la FCO ou la DNC.
  3. La production laitière : Une baisse quantitative directe due au stress métabolique des animaux.

Une redistribution mondiale et nationale de la production

Le changement climatique redessine la carte agricole mondiale.

  • En Europe : Les rendements de soja et de maïs chutent au sud mais pourraient augmenter dans le nord (Bretagne, Normandie, Pologne, Russie, Ukraine).
  • En France : Une fracture se dessine entre le Nord, qui pourra gérer l’été via les stocks, et le Sud, où la question du maintien de la vache laitière se pose. Elle pourrait être remplacée par des ovins, des caprins ou des élevages de viande plus résilients.
  • À l’international : Si l’Irlande ou la Nouvelle-Zélande pourraient être favorisées, l’Afrique risque des pertes de rendement allant jusqu’à 70 %, menaçant la survie même des troupeaux.

Conclusion et perspectives

Bien que la perte de production annuelle puisse paraître modérée (environ 10 à 15 % d’ici 2045) car compensée par de bonnes saisons intermédiaires, c’est la rupture estivale qui est critique. Pour l’avenir, l’enjeu sera d’atténuer le réchauffement en stockant un maximum de carbone et d’adapter les systèmes d’élevage pour préserver le bien-être animal face à des étés de plus en plus extrêmes.

Les stratégies seront multiples en fonction du territoire, du parcellaire de la ferme ou des races…

Merci à Serge et à Capucine pour cet entretien qui permet de donner au secteur des pistes de travail essentielles pour l’adaptation au changement climatique.